Historique

Constatant depuis plusieurs années les difficultés et besoins particuliers des adolescents et des jeunes adultes aux prises avec des problèmes de santé mentale, de même que la rareté et l’inadéquation des ressources leur étant destinées, Dre Patricia Garel, alors chef du département de psychiatrie du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine, en collaboration avec des intervenants psychosociaux et des professionnels du milieu artistique, a développé le programme Espace Transition (ET), une initiative novatrice de réadaptation par les arts de la scène. Depuis sa première itération au printemps 2009, le programme s’est multiplié et Espace Transition (ET) désigne désormais une famille de programmes partageant des fondements, objectifs, principes et composantes d’intervention communs, étayés dans le présent document. Toujours chapeauté par Dre Garel et niché au sein du CHU Ste-Justine, ET repose sur de précieux partenariats avec des institutions culturelles de renom et sur le soutien financier de généreux donateurs, administré par la Fondation du CHU Ste-Justine.

Le projet Espace Transition est né d’un alignement de planètes favorable et de la rencontre heureuse de partenaires généreux et engagés vers l’amélioration de la santé mentale des jeunes.

Le début du projet remonte à 2007 : Centenaire du CHU Sainte-Justine et le 7e Congrès de l’ISAPP organisé à Montréal.
Le Centenaire du CHU Sainte-Justine fut l’occasion d’un grand nombre d’activités tant scientifiques et récréatives qui se conclurent par un grand spectacle réunissant Céline Dion et le Cirque du Soleil présenté au Centre Bell.
Dans ce cadre, Michel Pauzé et la Fondation du CHU Sainte-Justine organisèrent un rallye de levée de fonds pour le département de psychiatrie dans le but d’améliorer « concrètement » la prise en charge des jeunes patients. Le département de psychiatrie choisit d’orienter ce don vers l’adaptation sociale des jeunes confrontés à une pathologie psychiatrique en utilisant l’art et la créativité.

À la même période, le département de psychiatrie organisait avec l’Ordre des psychologues du Québec et l’Institut Philippe Pinel un grand congrès international sur le thème du passage de l’adolescence à l’âge adulte (programme.pdf).

Ce congrès a réuni plus de 700 personnes en plein Festival de jazz et a permis des connections entre différents partenaires médicaux et communautaires dont les liens portent fruit encore aujourd’hui (ententes avec le Centre Dollard Cormier, avec les Centres Jeunesse, lien avec certains milieux communautaires). Une des rencontres qui a marqué le congrès fut celle entre le département de psychiatrie et le volet social du Cirque du Soleil. Michel Lafortune présenta pendant ce congrès les réalisations de Cirque du Monde soutenu par le Cirque du soleil visant l’adaptation sociale des jeunes de la rue dans différents pays tels que le Brésil, le Mexique et aussi le centre-ville de Montréal. Le discours de clôture fut également un spectacle réalisé avec des jeunes artistes de Cirque du Monde sur le thème de ce saut de l’adolescent à l’adulte.

De là naquit un projet pilote de réhabilitation sociale élaboré par le département de psychiatrie et le Cirque du Soleil ainsi que le YMCA. Ce projet pilote fut expérimenté dans les locaux du YMCA de mars 2009 à juin 2009 avec une dizaine de jeunes patients et non patients accompagnés de deux artistes de cirque, Karine Lavoie et Emmanuelle Bochud.

Les résultats spectaculaires de ce 1er groupe confirmèrent la pertinence de développer ce projet en intégrant théâtre et improvisation parallèlement à l’élaboration d’un projet de recherche évaluatif. En effet, la vulnérabilité de cette clientèle imposait une grande prudence et la nécessité de valider l’impact d’une telle démarche sur le fonctionnement des jeunes impliqués.

Le Centre de recherche du CHU Sainte-Justine (Jean Séguin) et le département de psycho-éducation de l’Université de Montréal (Sophie Parent) ouvrirent leur porte et une bourse de doctorat fut proposée à une étudiante sous la supervision de deux chercheures seniors, Isabelle Archambault et Sara Dufour. Kim Archambault fut la lauréate de ce concours à notre grande satisfaction et commença à élaborer une méthodologie de cette recherche évaluative en participant aux ateliers de l’année 2009-2010. Le protocole de recherche fut accepté par le Comité d’éthique à la recherche du CHU Sainte-Justine à l’été 2010 et le recueil des données eut lieu sur l’année 2010-2011.

Les données préliminaires de cette recherche évaluative ont été présentées à plusieurs congrès internationaux avant que Kim Archambault ne soutienne sa thèse de doctorat en janvier 2014 avec mention d’honneur.

En parallèle avec la démarche de recherche,l’année 2011-2012 fut dévolue au recueil de matériel audiovisuel dans le but d’offrir l’information nécessaire à l’implantation du projet par d’autres équipes intéressées. Une équipe de tournage, André Soueidan et collaborateurs, s’est intégrée au groupe pendant les 12 semaines d’octobre à décembre afin d’illustrer les enjeux et les difficultés de la démarche clinique et artistique.

Cette année fut aussi le début de la mise en place d’ateliers « niveau 2 » demandés par les jeunes ayant profité du 1er atelier de base mais pas tout à fait prêts à intégrer les activités offertes dans la communauté. Un atelier « cirque » et un atelier « cinéma » ont réuni chacun une dizaine de participants.

L’année 2012-2013 a vu la finalisation du premier site Web, l’ouverture de nouveaux ateliers niveau 2. La rencontre de nombreux partenaires artistiques consolident et enrichissent la reflexion..

Le projet initial a grandi, s’est modifié vers une ouverture à tous les centres de pédopsychiatrie et aux cliniques pour jeunes adultes. Les indications se sont aussi élargies aux jeunes présentant un trouble du spectre de l’autisme que nous avions initialement exclus mais dont nous avons réalisé qu’ils pouvaient grandement bénéficiés de cet espace.

Progressivement, certains patients presque stabilisés ont été acceptés et ont réussi, grâce à l’aide proposée, à rester dans le groupe et en tirer un début de confiance en eux et une fierté palpable.

Nous avons aussi confirmé l’importance du « filet de sécurité » et l’accompagnement clinique extérieur nécessaire afin que la démarche porte fruit.

Espace Transition se situe ainsi dans une zone intermédiaire non thérapeutique en soi mais très thérapeutique dans ses effets.

Une constatation importante après six années de fonctionnement est la valeur communautaire qui suscite la générosité et le partage. Les jeunes « non patients » ont bien souvent poursuivi leur implication en santé mentale dans différents projets de recherche, s’entraidant les uns les autres dans un échange d’ouverture et de soutien. La participation des jeunes étudiants en médecine de 1ère et 2e années a été reconnue comme un cours à option du programme M.D. C’est là un pas vers une approche différente de la pathologie psychiatrique et de la santé mentale qui répond à un des objectifs du projet quant à la déstigmatisation.

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